Cela n'est évidemment pas aussi simple.
Voici quelques indices pour y voir plus clair et ne plus traiter le premier tondu venu de tous les noms.
Trojan skinheads : perpétuateurs de l'esprit de 1969, fans de reggae, de soul, de rocksteady et de ska, circulant à scooter commes les mods, ils ne mêlent guère musique et politique mais affichent un antiracisme et un antifascisme sincères et revendiquent leur appartenance à la working class (classe ouvrière). Ils sont , au sens historique, les vrais continuateurs de la première vague skinhead.
Skinheads chrétiens : une nouvelle branche de la famille skinhead se profile. Certes les groupes punks chrétiens ne sont pas une nouvauté en Amérique du nord, mais la mode semble gagner le vieux continent avec quelques skins (ex. les Jesus Skins). Il ne faut pas les confondre avec les skinheads identitaires ou les jeunes nationalistes, eux-même proches des milieux intégristes. Si le discours de ces punks et skins chrétiens sonne parfois conformiste, voire réactionnaire, leur positionnement est ouvertement antiraciste, antifasciste et working class. A suivre...
Redskins (Peaux rouges) : skinheads communistes. À l'origine ce ne sont pas des skinheads mais des fans d'un groupe de soul anglais des années 1970, The Redskins (qui affichait un discours trotskiste sur fond de soul-rythm'n'blues mâtiné de punk-rock). Les premiers redskins affichaient un look plutôt punk ou modernist. Ils se sont ensuite rapproché du style skinhead originel en conservant quelques particularismes : bomber retourné côté doublure orange, lacets rouges, insignes communistes divers... Dans les années 1980 en France les redskins ont combattu les boneheads sur leur propre terrain, la rue (époque des "chasseurs de skins [nazis]"). Certains redskins ont un temps constitué le service d'ordre des concerts des Béruriers Noirs.
SHARP Skinheads : Skinheads Against Racial Prejudice (skinheads contre les agressions raciales)ou Skinheads Against Racist People (skinheads contre les racistes). Le mouvement est apparu à New York vers 1980 puis a été acclimaté en Europe par les membres du groupe britannique The Oppressed. Les fondateurs étaient souvent des militants syndicaux mais le mouvement se veut libre de toute affiliation à un parti ou un syndicat. Il s'agit de réaffirmer le lien entre la culture skinhead et la classe ouvrière (working class), donc ses valeurs : fraternité, solidarité, lutte sociale, rejet viscéral de toute forme de racisme ou de fascisme... Le logo Sharp reprend le casque de guerrier grec du label Trojan. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, plus rarement en France, les skinheads sharp s'affichent souvent comme patriotes, ou tout du moins comme supporters de leur équipe de foot nationale.
RASH Skinheads : Red and Anarchist Skinheads. Le RASH, surtout européen, regroupe depuis les années 1990 d'anciens redskins de la première vague et de nouveaux skinheads engagés à l'extrème-gauche. Les membres considèrent leur appartenance au mouvement skinhead comme un complément de leur engagement militant, le skinhead devenant une forme d'idéal ouvriériste. La plupart des skinheads rash gravitent autour de : l'Union Anarchiste, la Fédération Anarchiste, the Anarchist Black Cross, l'Union Communiste libertaire, La CNT (syndicat libertaire), voire la Ligue Communiste révolutionnaire et des groupuscules guévaristes... Quelques groupes connus : La Brigada Flores Magon, Ya Basta!... Le positionnement à l'ultra-gauche des skinheads rash ne fait cependant pas l'unanimité au sein de la scène skinhead antiraciste et antifascsite et certains les renvoient dos à dos avec les néonazis.
Skinheads nationalistes et identitaires: le terme désigne une foule d'individus qui ne s'affichent pas radicalement adeptes de l'hitlérisme mais appartiennent aux différents courants de l'extrême droite, par exemple l'intégrisme catholique. On trouve ainsi des skins nationalistes antisémites et pro-Palestiniens (certains gravitent autour du MNR, d'Unité Radicale et de certains mouvements pro-palestiniens). Ceux-là vont jusqu'à prendre le parti des islamistes pour s'opposer aux Juifs et à Israël dont ils ont la haine chevillée au corps. Ils brandissent le célèbrissime faux "Le Protocole des Sages de Sion" pour étayer leur antisémitisme. À l'inverse d'autres sont anti-arabes et pro-israéliens, c'est-à-dire pro-sionistes! Ces derniers considèrent Israël comme l'avant-garde de l'Occident contre le monde arabo-musulman dont il faudrait à tout prix se défendre. Les membres du GUD (Groupe Union Défense), souvent recruté sur les bancs des facultés de droit, se rattachent à cette mouvance. Plutôt que skinheads, terme connoté voyou, beaucoup se font appeler "jeunes nationalistes".
Les hooligans : Beaucoups de skins nationalistes se recrutent dans les rangs des supporters-hooligans. Mais il est abusif d'affirmer que tous les supporters de football sont forcément des hooligans, ni ceux-ci des séides de l'extrême-droite! Le football fait partie de la culture skinhead d'origine, sans coloration politique. Les hooligans sont ne sont pas forcément nationalistes ni racistes. En fait le terme est passe-partout. Il reste vrai que beaucoup de skins nationalistes ont été racolés dans les tribunes des stades par des recruteurs issus des partis d'extrême-droite. Dans certaines régions, l'extrême droite semble bien implantée parmi les organisations de supporters (par exemple à Rome, en Italie). Mais heureusement moins dans d'autres régions (Marseille ou Euskadi, par exemple, où les associations de supporters rejettent ouvertement le racisme et le fascisme). Les supporters-hooligans-racistes prennent l'habitude d'insulter les joueurs de couleur ou d'imiter le singe lorsque ceux-ci ont le ballon.
Boneheads : skinheads nationalistes ouvertement nazis. On parle aussi de naziskins. Ils sont très actifs (mais assez discrets en France) et regroupés dans diverses organisations telles Blood and Honour, Hammerskins ou Combat 18 (groupe terroriste clandestin). Les boneheads sont très visibles en Scandinavie ou dans certaines régions des États-Unis où ils sont organisés en réseau avec d'autres organisations d'extrême-droite comme le Ku Klux Klan. Le look bonehead se distingue un peu du look skinhead originel : il est franchement paramilitaire, les cheveux sont généralement rasés à blanc. Les insignes sont la croix gammée, les écussons de la LVF ou de la division Das Reich, la croix celtique, les galons de la Wehrmacht ou de la SS... La symbolique germanique, viking ou celte est souvent utilisée par les bonheads qui marquent ainsi leur rejet des valeurs judéo-chrétiennes et prônent un retour au paganisme indo-européen. Les bonheads se reconnaissent grâce au sigle NS (national-socialiste, c'est à dire nazi), généralement accolé au nombre 88 (pour HH, huitième lettre de l'alphabet et initiales de "Heil Hitler"). Les boneheads se réclament aussi de la classe ouvrière. Dans les années 80 beaucoup d'entre-eux se considéraient comme les fils spirituels des SA (Sections d'assaut, brigades de militants nazis des années 1930 en Allemagne). Ces SA tenaient un discours à la fois nationaliste, raciste mais aussi social et étaient issus du monde ouvrier et de la petite bourgeoisie. Ils réclamaient des mesures sociales avancées et la constitution d'une armée populaire. Leur chefs furent exécutés par les SS aux ordres d'Hitler lors de la "nuit des longs couteaux" en 1933. Hitler montrait ainsi son refus de toute opposition interne au sein de son parti. Ce que beaucoup de boneheads ignorent, c'est que le leader des SA, E. Rhöm, était homosexuel, et surtout que l'opposition des SA à hitler était devenue telle en 1933 que des sections entières avaient quitté le parti nazi pour adhérer au parti communiste!